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Il fallait décider

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Voici, en intégralité, le chapitre qui ouvre Il fallait décider. Nous sommes en 1971, à Nancy.

Le grand départ

— Miconnet ! Miconnet ! Miconnet !

Je sors tout juste de mon bureau pour aller déjeuner.

Nous sommes en 1971. J’ai 22 ans et, pour mon premier emploi, je travaille depuis un peu plus de deux ans à la direction régionale de TOTAL, à Nancy.

Je m’y sens bien.

TOTAL est alors une entreprise exceptionnelle. Nous bénéficions de la participation. Le salaire le plus bas de l’entreprise est largement supérieur au minimum légal de l’époque et nous percevons même des primes lorsqu’une nouvelle raffinerie sort de terre.

J’ai pourtant commencé tout en bas de l’échelle, coursier au service courrier.

Dans cette grande entreprise, chaque jeune arrivant y passe obligatoirement quelque temps. Ouverture et tri du courrier, photocopies, gestion des fournitures, distribution des documents dans les différents bureaux… voilà mon quotidien.

La direction régionale occupe alors un magnifique petit hôtel particulier Napoléon III qui abrite une cinquantaine de cadres et leurs assistantes.

Mon passage au courrier sera bref, mais extraordinairement riche.

En quelques mois, je découvre toutes les activités de l’entreprise. Je finis par connaître tout le personnel et, surtout, par tisser des liens solides avec plusieurs responsables.

Parmi eux, Pierre Morel, le secrétaire général de l’époque, va jouer un rôle déterminant dans ma vie professionnelle.

Il devient mon mentor.

Je lui resterai toujours reconnaissant pour ses conseils, les règles qu’il m’a apprises et, surtout, pour la valeur du travail qu’il m’a transmise.

Grâce à son soutien, je quitte rapidement le service courrier pour rejoindre celui des statistiques.

Et là, quelque chose se produit. Je découvre les chiffres. Je les comprends. Je les aime.

Très vite, j’en deviens le spécialiste.

Cette passion ne me quittera plus. Pendant toute ma carrière, je resterai fidèle aux chiffres, à ce qu’ils disent et, parfois, à ce qu’ils révèlent derrière les apparences.

C’est encore Pierre qui m’ouvre les yeux sur un domaine dont on parle relativement peu à l’époque : l’informatique.

Pour lui, son avenir est immense.

Je suis son conseil et m’inscris à des cours du soir de programmation. Puis je passe les fameux tests IBM.

À cette époque, IBM ne se contente pas de vendre des ordinateurs. L’entreprise aide aussi ses clients à identifier, parmi leurs salariés, ceux qui possèdent les aptitudes nécessaires pour travailler dans cette discipline nouvelle.

En 1970, on pouvait commencer une carrière informatique sans être diplômé en informatique, tout simplement parce que les cursus spécialisés étaient encore peu nombreux.

Les entreprises recrutaient donc beaucoup sur les aptitudes au raisonnement et sur la logique, puis formaient elles-mêmes leurs collaborateurs. Un jeune diplômé ou non pouvait ainsi être recruté

comme programmeur et apprendre son métier directement dans l'entreprise ou chez le constructeur.

À cette époque, les métiers existaient parfois avant les diplômes qui devaient y préparer. Cinquante ans plus tard, avec l'IA, nous retrouvons le même phénomène à savoir que certains métiers apparaissent plus vite que les formations capables de les enseigner.

Mais revenons en 1970. Je passe donc une série de tests de logique et de raisonnement.

Je réussis.

Une porte vient de s’ouvrir.

Je ne le sais évidemment pas encore, mais l’informatique va accompagner pratiquement toute ma vie professionnelle.

Et puis arrive ce fameux jour de 1971.

— Miconnet ! Miconnet ! Miconnet !

Je lève les yeux.

À l’étage, sur son balcon, notre directeur des ressources humaines, me fait signe.

— Miconnet, venez dans mon bureau.

Je monte.

Il vient de recevoir un appel de la direction du personnel de TOTAL Raffinage.

— Miconnet, votre candidature est retenue. Vous allez travailler à l’informatique. Vous commencez demain matin à Paris.

Je suis abasourdi, mais surtout fou de joie.

— Merci, Monsieur. Je suis super content. Je peux partir un peu plus tôt cet après-midi pour préparer mes affaires ?

Il me regarde longuement et me répond.

— Pas de problème, Miconnet. Vous pourrez quitter votre bureau à 17 heures.

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer à quel point cette réponse pouvait alors paraître parfaitement normale !

Je redescends les escaliers quatre à quatre pour annoncer la nouvelle.

Vite, il me faut préparer ma valise car demain, je pars pour Paris.

Je ne l’ai pas décidé seul, l’occasion s’est présentée, mais il me fallait déjà choisir de la saisir sans attendre.

Je ne change pas simplement de ville.

Je viens d’entrer dans un monde qui va bouleverser toute ma vie.

Le chapitre suivant, « La programmation », emmène le lecteur dans le Paris de 1971 et l’informatique des cartes perforées. Le livre compte quarante-deux chapitres répartis en cinq parties.

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